Caractérisation ambiantale des espaces publics et des édifices de référence tunisiens
Notre communauté scientifique a mis au jour la thématique et la problématique des ambiances à la fin des années 80. Elle a pu développer depuis des instruments d’analyse et d’enquête, qui donne un premier cadre théorique et méthodologique aux investigations dans le domaine, mais qui appelle des applications, des perfectionnements et des réajustements. La multiplication des utilisations de cet outillage et sa confrontation à différents contextes est un enjeu important pour la généralisation et la validation des procédures expérimentées.
Un autre enjeu correspond à la construction d’un corpus de réalisations bâties ou d’aménagements urbains présentant un caractère exemplaire, à la fois par leurs valeurs plastiques, leur efficacité fonctionnelle, mais, également, par la qualité des ambiances qu’ils génèrent. Un tel corpus a pour vocation de constituer autant de repères pour la conception de futurs édifices, au fil des jeux complexes de référenciation, propres aux activités de conception des projets. Il convient donc d’examiner à nouveaux frais le cadre bâti et les ensembles urbains tunisiens, pour mettre en évidence des rencontres réussies entre qualité esthétique et qualité d’usage.
C’est ce programme qui a commencé à être mis en œuvre par l’ERA, à la rencontre de l’analyse architectural et urbaine et de l’analyse ambiantale. Un ensemble de mémoire de mastère a permis des défrichages exploratoires selon quelques axes privilégiés : l’architecture moderniste de l’après-guerre ; l’urbanisme commercial traditionnel ; les formes urbaines de la période coloniale ; les édifices thermaux. Ces travaux ont débouché sur deux thèses en cours, portant respectivement sur l’architecture de Jacques Marmey et sur les préconisations solaires de la période du Protectorat.
Exploration des questions d’éclairement et de leur incidence énergétique
Les caractéristiques physiques du rayonnement solaire et la nature de son spectre associant l’infra-rouge au visible a des conséquences notoires sur la balance entre phénomènes thermiques et phénomènes lumineux. Les apports en lumière naturelle peuvent aller de pair avec des surchauffes excessives, les systèmes de protection peuvent s’avérer obstrusif et conduire à des recours coûteux à l’éclairage artificiel. Les modes architecturales de la modernité et l’engouement pour l’expression épurée de la boîte de verre ont un impact lourd sur la facture énergétique, alors que les solutions de conditionnement thermique et lumineux les plus répandues ne garantissent en aucun cas le bien-être et la satisfaction des occupants. Cette question de l’éclairement s’avère tout à fait emblématique de interactions qui peuvent se faire jour entre la démarche ambiantale et les préoccupations de préservation des ressources et de limitation de la consommation des énergies fossiles.
La recherche de solutions alternatives aux errements présents, impose - en un premier temps - de revenir à l’héritage culturel et de se livrer à une relecture critique des dispositifs et dispositions du patrimoine de l’architecture arabo-musulmane en la matière, Celle-ci doit associer les approches objectives de la mesure in situ et de la simulation numérique, aux enquêtes sur les usages présents des édifices et aux études historiques de reconstitution des pratiques passées. Ce retour doit être redoublé par une évaluation en profondeur des traitements actuels de la question par la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage opérant dans le contexte tunisien. L’une et l’autre approches doivent déboucher sur des propositions opératoires et sur la définition d’un appareillage adapté aux conditions de production dans les sphères professionnelles concernées.
L’Agence Nationale de la Maîtrise de l’Energie doit être sollicitée pour soutenir ce type de travaux. Ils doivent être aussi l’occasion de développer une coopération active avec les chercheurs de l’ENIT, spécialistes de thermique. Les contacts préliminaires s’avèrent positifs et prometteurs. Des montages de thèse en binôme associant architectes et ingénieurs sur des objets d’étude communs sont, en particulier, envisagés. Une thèse en co-tutelle avec le CERMA et l’Ecole Central de Nantes est en cours de montage. Elle portera sur le sujet suivant : « Mise en œuvre d’un outil numérique de type smartphone pour l’analyse et la conception solaire in situ à partir de méthodes d’analyse d’images. Application aux problématiques de correction solaire des façades vitrées en climat méditerranéen ».
Etude des formes sonores urbaines du contexte tunisien
Les deux composantes de l’UMR-CNRS 1563 se sont spécialisées respectivement sur l’analyse des dimensions radiatives et thermo-aérauliques des phénomènes d’ambiance pour la composante nantaise du CERMA et sur le domaine du sonore, pour son équivalent grenoblois du CRESSON. L’implication à l’ERA du fondateur du CERMA et le courant d’échanges amorcés lors du lancement de l’équipe ont fait que le privilège a été donné aux thématiques de l’éclairement, de l’ensoleillement et de la thermique. L‘arrivée, à partir de 2008, de nouveaux enseignants chercheurs issus du CRESSON, a permis une extension du champ des recherches vers la question des formes sonores. Ces travaux ont commencé à se développer suivant les deux axes explorés par le CRESSON. Ils mettent respectivement l’accent sur la réalité physique et la métrologie acoustique, ainsi que sur les méthodes psycho-sociologiques et ethnologiques de l’analyse des pratiques in situ.
A partir d’une interrogation sur les propriétés acoustiques du dispositif de la gannanriya, des contacts ont été noués avec l’Unité de traitement du signal U2S de l’ENIT. Ils ont amené a monter un projet de coopération internationale dans le cadre du Programme Hubert Curien franco-tunisien UTIQUE / CMCU. Ce projet, portant sur « Textures audio et ambiances sonores » a été classé premier dans le champ des sciences humaines par les experts en 2009 et a obtenu un financement de trois ans pour des missions , des achats de matériels et de documentations. Ce succès a représenté l’autre facteur décisif de l’extension thématique et de l’ouverture de ce nouveau thème de recherche au sein de l’équipe. Le projet CMCU associe l’UMR-CNRS 1563, l’ERA et l’U2S de l’ENIT. Il comporte un volet de mémoires de mastères mettant en œuvre, tant à l’ENIT qu’à l’ERA, des applications du modèle des textures audios et de la représentation en deux dimensions des phénomènes sonores.
Investigations sur la projectuelle des ambiances
L’effort scientifiques dans le domaine des ambiances s’est principalement employé à donner une consistance à la notion, en en précisant le contenu et les contours à partir d’une caractérisation rigoureuse de l’expérience sensible de l’espace construit et de l’espace urbain. Pour atteindre cet objectif, ces phases ont surtout mobilisé les cadres théoriques et les méthodes de la psycho-sociologie, de l’ethnologie et de l’anthropologie urbaine. Elles ont mis au jour des connaissances sur le vécu sensible des habitants et citadins, elles n’ont, cependant, pas encore pu faire des avancées très marquantes sur la question de l’intégration de ces résultats dans les phases très spécifiques de conception des projets architecturaux et urbains. Ce que l’on peut définir comme la « projectuelle des ambiances » intéresse cette volonté d’explorer la manière dont le concepteur peut prendre en charge dans les procédures opérationnelles – qu’elles soient conventionnelles ou plus évoluées - ce souci du mieux-être et du mieux-vivre, attaché à la thématique des ambiances.
Quelques rares investigations sur cette question ont été menées dans notre communauté de recherche, pour définir des objets de conception d’un type nouveau susceptible de véhiculer ces dimensions de l’expérience sensible. Cet outillage, repéré par les appellations : d’objets ambiants, de patterns ambiants, d’effets, de formants, ou de prototypes a fait l’objet d’expérimentations et d’application, que ce soit dans le cadre pédagogique de l’enseignement de l’architecture ou dans des projets en situation opérationnelle. Il y a là un enjeu majeur pour la diffusion des préoccupations ambiantales dans les sphères de la maîtrise d‘œuvre comme dans celles de l’enseignement de l’architecture.
La conception des projets est atteinte par la vague de fond des techniques de l’univers numérique, mais parallèlement les techniques conventionnelles de la fabrique du projet continuent de faire la part belle au dessin manuel. Une des enseignantes de l’équipe : Olfa Meziou s’est spécialisée dans l’investigation de cette gestation de l’œuvre architecturale, dont les croquis et les dessins jalonnent la progression. Il convenait de mettre cette compétence au service du traitement projectuel des ambiances , de collecter et de traiter de manière systématique les traces du traitement de la question par les concepteurs architectes en phase d’étude de leurs projets.
E R A
Equipe de Recherche sur les Ambiances
